Préparer
L'eau sur le GR20
En été, l'eau décide souvent de la journée. Bien remplie, une gourde te porte jusqu'au prochain refuge ; mal anticipée, une crête exposée se transforme en épreuve. Voici où boire, quelles étapes sont sèches, combien emporter et pourquoi filtrer — sans inventer, avec les réflexes qui comptent vraiment.
Le cadre
Pourquoi c'est un vrai sujet
Le GR20 n'est pas un désert : on croise des sources, des torrents et des refuges presque chaque jour. Le piège n'est pas le manque d'eau en général, c'est le manque d'eau au mauvais endroit : sur une montée plein soleil, une crête sans torrent, ou une source qu'on espérait et qui s'est tarie en plein août. La chaleur corse fait le reste — on transpire plus qu'on ne le croit, et la déshydratation grignote la lucidité sur un terrain où il faut justement rester lucide.
La bonne nouvelle : avec deux ou trois réflexes simples, l'eau cesse d'être un souci. C'est tout l'objet de cette page.
La règle d'or
Demande au gardien, chaque matin
Aucune carte ne remplace l'info du jour. Le niveau des sources change avec l'année, la saison, la fonte des neiges et la sécheresse. Une source fiable en juin peut être à sec en août.
Le seul réflexe qui ne trompe jamais : avant de quitter un refuge, demande au gardien si la prochaine source coule encore, et jusqu'où il faut tenir. C'est le conseil que répètent tous les habitués du GR20, et de loin le plus utile de cette page. Pars systématiquement avec la quantité qui te met à l'abri jusqu'au point d'eau confirmé suivant.
Où remplir
Les points de ravitaillement
Tu trouves de l'eau à deux types d'endroits. D'abord les refuges et bergeries : ils disposent presque tous d'un point d'eau où remplir gourdes et poches — c'est ta base de calcul la plus sûre. Ensuite les sources et torrents naturels le long du sentier, plus nombreux au nord et dans les vallées qu'en crête.
Parmi les points souvent cités par les guides de terrain : la fontaine au départ de Calenzana, le torrent de la Spasimata avant la passerelle, la zone du Haut Golo et de Castel di Vergio (réputée abondante), ou encore Vizzavona à mi-parcours. Considère ces noms comme des repères, pas comme une garantie : les noms et débits exacts varient selon l'année, d'où la règle d'or ci-dessus. [Liste à recouper avec ton gardien et le bulletin du jour.]
Un cas à part : le lac de Nino et les zones de pâturage (pozzines). L'eau y est belle mais les troupeaux passent juste à côté — on la filtre ou on la traite systématiquement, jamais brute.
À anticiper
Les étapes sèches
Ce sont les sections où l'on part chargé, parce qu'il n'y a rien — ou presque — entre deux points. Repère-les sur ton parcours :
La montée du Monte Cinto
Sur l'ascension vers le plus haut du GR20, les points d'eau se raréfient une fois le bas de la vallée quitté. On monte avec sa réserve.
Manganu → Petra Piana
Une longue portion en crête, parmi les plus belles, mais sans source ni rivière sur le parcours haut. À remplir à fond au départ.
Le Col de Laparo, au sud
Souvent tari dès le mois d'août. En fin d'été, ne compte pas dessus : pars capacité maximale.
La dernière étape vers Conca
Peu d'eau sur la fin sud. Mieux vaut arriver à Conca avec un fond de gourde que se rationner sous la chaleur.
Combien emporter
La bonne dose, sans se charger pour rien
L'eau est lourde (1 litre = 1 kg), donc on ajuste plutôt qu'on ne charge à l'aveugle. Les repères qui reviennent chez les randonneurs du GR20 :
- 2 litres minimum au départ d'une étape normale, par temps doux.
- 3 litres sur une section exposée ou par forte chaleur.
- Jusqu'à 4 litres sur une étape sèche identifiée comme celles ci-dessus.
Notre planificateur d'étapes estime déjà l'eau et les calories par tronçon : utilise-le pour repérer, étape par étape, là où il faudra partir plus chargé.
Sécurité sanitaire
Filtrer : la leçon de l'été 2024
À l'été 2024, le GR20 a connu un épisode de gastro-entérites marquant : entre le 1er et le 15 juillet, l'Agence régionale de santé de Corse a recensé plus de 230 cas et quelques courtes hospitalisations, sans cas grave. L'enquête a conclu à une transmission majoritairement de personne à personne (vraisemblablement un norovirus) ; l'eau n'a pas été formellement désignée comme la cause, mais la recommandation officielle qui en est sortie est claire et vaut pour toujours.
Le message des autorités sanitaires : traiter ou filtrer l'eau avant de la boire, et se laver les mains rigoureusement. Sur un trek de 12 jours en montagne, c'est exactement ce qu'on a envie d'éviter — la prévention coûte quelques grammes dans le sac.
Concrètement, deux approches qui se complètent : un filtre à eau (type Sawyer Squeeze ou Katadyn BeFree, qu'on visse sur la gourde ou la poche) pour la filtration du quotidien, et des pastilles de purification (type Micropur) en secours, légères et increvables. On filtre par principe toute eau de surface, et sans hésiter celle des zones de pâturage.
Sources
Vérifier avant de partir
Les points d'eau sont une donnée vivante : elle change chaque saison. Pour la fraîcheur, appuie-toi sur le Parc naturel régional de Corse, sur les gardiens des refuges (l'info la plus fiable, sur le terrain) et sur les recommandations sanitaires de l'ARS Corse. Mon GR20 est un retour d'expérience personnel : il t'aide à anticiper, il ne remplace pas l'info du jour.