Mon GR20 Nord–Sud

Jour 1 · Le vrai départ

Calenzana → Refuge d’Ortu di u Piobbu

13,2 kmDistance+1 538 mDénivelé +7h01Temps total3/5Difficulté
Départ 06h14 · Arrivée 13h15. 13,2 km, +1 538 m et 7h01 au total pour 5h12 de marche effective. Les chiffres montrent une première journée maîtrisée sur le papier, mais le ressenti est beaucoup plus lourd : sommeil court, sac chargé, chaleur, et la dimension humaine très forte de l'abandon d'Arnaud.

La nuit avant le départ, j'avais imaginé dormir comme une pierre. Raté. Vers 4h du matin, le camping de Calenzana s'agite déjà — fermetures éclair, frontales, chuchotements qui ne chuchotent pas vraiment. Une partie des randonneurs est debout, et à 5h30, c'est clair : personne ne se rendort.

On plie les affaires. La trace GPS indique un départ à 06h14. On part à trois — Rodolphe, Benjamin, Arnaud. Avec dès le départ une ombre sur la journée : la cheville d'Arnaud, douloureuse depuis quelques jours, qui nous inquiète sans qu'on veuille trop le montrer. Il veut tenter. On veut y croire avec lui.

La sortie de Calenzana commence doucement, herbes hautes, portions boisées, presque gentille. Puis la pente arrive. Pas d'un coup, mais assez vite pour que le sac commence à rappeler son poids. Le soleil se lève derrière nous, éclaire les reliefs devant — c'est magnifique, presque irréel pour un premier matin. Le GR20 ne laisse pourtant pas longtemps le temps de contempler.

Très vite, on dépasse des randonneurs déjà en difficulté. Pas un jugement — juste un constat : beaucoup découvrent en direct que le GR20 n'a rien d'une rando classique. Cette première étape trie déjà les rythmes et les optimistes. Nous, on avance prudemment, sans brûler d'énergie inutilement.

Après les premières vues sur la baie de Calvi, ça se corse vraiment. Quelques passages rocheux, des appuis à choisir, et avec un sac chargé, chaque mouvement coûte un peu plus cher. La chaleur monte. Le sommeil trop court se fait sentir. La faim arrive plus tôt que prévu.

Pour Arnaud, la journée devient rapidement très dure. La cheville le limite, le rythme cardiaque monte, le plaisir disparaît. On arrive tous les trois à Ortu di u Piobbu — mais l'arrivée n'a pas la même couleur pour chacun. Pour Benjamin et moi, c'est le premier refuge. Pour Arnaud, c'est une limite.

Le refuge apparaît d'abord comme un petit point dans la montagne, semble proche, puis ne l'est plus vraiment. Une sensation qu'on retrouvera souvent. Quand on pose enfin les sacs, le soulagement est réel. Et bonne surprise : les bières sont là. Après cette première étape chargée en tension, elles ont presque le goût d'une récompense officielle.

Peu après notre arrivée, un orage éclate. La montagne change de visage, et tout ce qui n'est pas protégé rappelle immédiatement qu'en bivouac, l'organisation compte autant que les jambes.

La soirée laisse un goût mitigé. Le menu du soir est franchement décevant pour le prix demandé. Après une journée pareille, un repas généreux aurait compté. On repart de table avec l'impression d'avoir payé cher pour une récupération au rabais. Sur le GR20, manger n'est pas seulement du plaisir — c'est de la performance pour le lendemain.

Pour Arnaud, l'après-étape est encore plus difficile. Même l'installation du bivouac devient laborieuse. La nuit confirme ce que la journée a déjà montré. Cette première journée marque donc à la fois notre vrai départ… et la fin du GR20 à trois. Dès le lendemain, Benjamin et moi poursuivrons à deux.