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Le GR20 avec le vertige
« Je veux faire le GR20 mais j'ai le vertige. » C'est l'une des peurs les plus fréquentes — et l'une des plus mal renseignées. La bonne nouvelle : les passages les plus redoutés sont aujourd'hui soit fermés, soit optionnels. Voici, passage par passage, où ça expose vraiment et comment chacun se négocie.
L'essentiel
Oui, c'est faisable avec un vertige modéré
La réputation du GR20 surestime largement l'exposition. La section autrefois la plus redoutée — le Cirque de la Solitude — est fermée et contournée depuis l'éboulement meurtrier de juin 2015 (sept victimes) : tu ne la traverses plus. Et les passages les plus techniques qui restent, comme la variante alpine de Bavella, sont optionnels : le sentier balisé reste plus tranquille.
Ce qu'il reste, ce sont quelques passages courts, équipés et bien identifiés. Avec un vertige modéré (celui qui serre le ventre mais laisse avancer), une météo correcte et un rythme adapté, la grande majorité des marcheurs passent. Un vertige sévère et paralysant, c'est une autre histoire — on en parle à la fin, honnêtement.
Le vrai danger du GR20 n'est pas le vide, c'est la décision : s'engager sur une crête par orage. La météo fait bien plus de dégâts que l'exposition. Lis d'abord la page sécurité — c'est elle qui sauve, pas l'absence de vertige.
Les passages
Où ça expose vraiment, étape par étape
Sur les 182,4 km du tracé, l'exposition se concentre sur une poignée d'endroits, presque tous dans la moitié nord. Voici la carte honnête :
| Passage | Étape | Type | Exposition | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| Dalles & passerelle de la Spasimata | Étape 3 (Carrozzu → Haut Asco) | Dalles polies équipées d'une chaîne + passerelle | Modérée | Court et câblé ; glissant par temps humide |
| Montée à la Pointe des Éboulis (ex-Cirque) | Étape 4 (Haut Asco → Ballone) | Arête minérale et pierriers, point culminant 2 607 m | Forte | L'étape la plus alpine ; aérien mais sans escalade |
| Crêtes & brèches du nord (Capitello, Bocca Minuta) | Étapes 4 à 7 | Arêtes et courts passages rocheux | Modérée à forte | Quelques pas aériens, jamais longs |
| Variante alpine de Bavella | Étape 11 (Asinau → Paliri) | Dalles + mains courantes | Forte — optionnelle | La voie normale l'évite : à zapper si tu as le vertige |
Ces étapes sont cotées 4 à 5/5 en difficulté, surtout pour le terrain technique. Tu peux les fractionner pour les aborder fraîche et reposée : le planificateur recalcule ton découpage selon ton allure.
Sur le terrain
Les passages qui marquent, et comment ils se passent
La Spasimata (étape 3). C'est l'image carte postale du GR20 : une passerelle suspendue au-dessus du torrent, puis de grandes dalles de roche polie équipées d'une chaîne à laquelle se tenir. Ce qui impressionne, c'est la roche lisse et la pente — pas un à-pic. C'est court. On avance lentement, on utilise la chaîne, et on évite par temps de pluie : mouillées, les dalles deviennent vraiment glissantes.
La Pointe des Éboulis (étape 4). Depuis la fermeture du Cirque de la Solitude, l'itinéraire officiel grimpe au point culminant du GR20 (2 607 m). C'est une montée raide, minérale, sur pierriers et arête : aérien, oui, mais sans passage d'escalade. L'exposition vient de l'altitude et du terrain ouvert, pas d'un bord de falaise. On prend son temps, on assure ses appuis sur les éboulis. Le statut exact du Cirque est détaillé à part.
Bavella, et la fausse peur (étape 11). On lit beaucoup que Bavella est terrifiant : c'est la variante alpine (dalles, mains courantes) qui l'est — et elle est facultative. La voie normale du GR20 par les aiguilles de Bavella reste bien plus tranquille. Si tu as le vertige, tu prends la voie normale, point.
Techniques
Cinq réflexes anti-vertige qui marchent vraiment
- Regarde où tu poses les pieds et la prise suivante — jamais le vide. Le vertige se nourrit du regard qui plonge.
- Trois points de contact : deux pieds et une main en appui, toujours, sur les passages rocheux.
- Range tes bâtons sur les sections câblées : tu as besoin de tes mains, et un bâton qui ripe sur la dalle te déséquilibre.
- Passe en tête ou en dernier, pas coincé au milieu d'un groupe stressé qui te met la pression.
- Respire lentement et avance par petits pas réguliers. Le piège, c'est de se figer : tant que tu bouges, ça passe.
La vérité, c'est que l'essentiel du « vertige » sur le GR20 est de l'anticipation : une fois en mouvement, concentré sur le pas suivant, il s'efface. Pars tôt : roche sèche, pas de foule sur les passages étroits, et tu passes les sections hautes avant l'orage d'après-midi.
Stratégie
Adapter l'itinéraire à ta peur du vide
Fractionne les étapes exposées. Une journée plus courte, c'est moins de fatigue, donc une tête plus claire au moment du passage technique. Le planificateur te propose un découpage à ton allure, jusqu'à 16 étapes.
Soigne la météo. On ne s'engage jamais sur une crête ou une dalle par temps douteux : on attend, on contourne, ou on renonce. Choisis aussi la bonne période — voir quand partir.
Repère tes sorties. Savoir où l'on peut quitter le sentier avant une étape exposée enlève une grosse part de l'angoisse. Tout est cartographié dans les échappatoires.
Décider
Et si le vertige est trop fort ?
Soyons honnêtes : si ton vertige est sévère — celui qui te paralyse à la moindre exposition — le GR20 sera une épreuve, pas un plaisir, et un risque pour toi comme pour les autres sur les passages étroits. Il n'y a aucune honte à choisir autre chose.
Deux options qui gardent la magie de la Corse sans l'exposition : faire uniquement la moitié sud (Vizzavona → Conca), nettement moins alpine ; ou viser une autre traversée corse — le Mare a Mare ou le Mare e Monti, mêmes paysages, bien moins d'à-pic, et excellent terrain d'entraînement avant de retenter le GR20 plus tard.