Mon GR20 Nord–Sud

Jour 11 · Bavella et l’orage

Bergerie de Croci → Refuge d’I Paliri

25,4 kmDistance+1 235 mDénivelé +11h27Temps total5/5Difficulté
Départ 06h17 · Arrivée 17h44. 25,4 km, +1 235 m, -1 728 m, 8h36 en mouvement et 11h27 au total. Bavella donne de la magie, mais la rallonge jusqu'à Paliri, le genou et l'orage rendent l'étape aussi éprouvante que mémorable.

La nuit à Croci aurait pu être compliquée — les chiens, les bruits, les cochongliers. En réalité, l'épuisement des jours précédents a gagné. Au réveil, on sait qu'il reste la dernière très grosse journée avant Conca.

Le départ se fait dans une lumière superbe. La vallée sort doucement de la nuit, les couleurs sont chaudes, les reliefs prennent cette teinte dorée qui donne envie de lever les yeux. Au loin, on aperçoit encore certains sommets du nord. Étrange — ils semblent appartenir à une autre vie. Sur le GR20, une semaine peut donner l'impression d'avoir duré un mois.

La montée vers le Monte Incudine se fait progressivement. Arriver là-haut a quelque chose de très fort : la vue s'ouvre, Bavella apparaît comme le prochain grand rendez-vous, et l'on sent que la fin de la traversée commence vraiment à prendre forme.

Pendant la pause, de petits lézards viennent tourner autour de nous. Plus grands, plus colorés et moins farouches que d'habitude — ils donnent une touche presque irréelle à l'instant. Ce sont de petits détails, mais sur le GR20, ce genre de scène reste en mémoire autant que certains panoramas.

La progression vers Bavella est magnifique. Les Aiguilles attirent le regard, les reliefs deviennent plus découpés — même fatigués, on sent que cette journée a quelque chose de spécial.

Le col de Bavella, en revanche, tranche avec l'ambiance des jours précédents. Après tant d'heures dans des secteurs plus isolés, retrouver autant de monde d'un coup fait presque bizarre. L'endroit reste superbe, mais l'ambiance est moins sauvage, plus touristique — et ce contraste surprend après l'immersion du GR20.

On pensait naïvement que Bavella marquerait presque la fin de la journée. Erreur. On réalise sur place qu'il n'y a pas de camping GR20 : il faut repartir vers Paliri. Encore environ cinq kilomètres, encore du dénivelé. Sur une carte, ça semble peu. Dans les jambes, à ce moment précis, c'est énorme.

Cette dernière portion paraît interminable. La fatigue, la douleur au genou, l'accumulation des journées et une forme de lassitude rendent chaque kilomètre plus long. On avance lentement, parfois sans beaucoup parler. Il n'y a pas de débat possible : le GR20 continue, donc on continue.

Quand le refuge de Paliri apparaît enfin au milieu des pins, le soulagement est immense. Un cadre splendide, quelque chose de paisible, presque parfait pour une dernière nuit avant Conca. Mais cette sérénité ne dure pas : un orage extrêmement violent est annoncé.

Très vite, la météo bascule. Le vent se lève, la pluie arrive, des rafales autour de 120 km/h font vaciller les tentes. Le moment est franchement impressionnant. On pense même devoir faire une croix sur le repas. Mais grâce à la débrouille de plusieurs randonneurs qui s'entraident, on finit par réussir à faire bouillir l'eau pour les pâtes. Le vent se calme peu à peu. Ce repas simple prend une valeur énorme.

C'est aussi ça, le GR20 : des moments qui auraient pu être pénibles, mais qui deviennent des souvenirs forts parce qu'ils sont partagés. Une casserole qui bout, des tentes qui tiennent malgré l'orage, cette impression d'avoir encore gagné une petite bataille. Paliri restera pour moi comme un mélange de beauté, de fatigue, de peur météo et de solidarité.