Mon GR20 Nord–Sud

Jour 12 · Le bout du chemin

Refuge d’I Paliri → Conca

14,4 kmDistance+424 mDénivelé +4h59Temps total3/5Difficulté
Départ 05h30 · Arrivée 10h29. 14,4 km, +424 m, -1 225 m, 4h32 en mouvement et 4h59 au total. Notre marche la plus efficace du GR20, portée par l'envie d'arriver.

Ce matin-là, impossible de traîner. On replie les affaires dès 5h, plus excités que fatigués. Une idée très claire en tête : ne surtout pas rater l'apéro de midi.

À 05h30, on quitte Paliri. Le départ a quelque chose d'électrique. Ce n'est plus une étape comme les autres. Ce n'est pas seulement un sentier à marcher : c'est la dernière page d'une aventure commencée bien avant Calenzana, avec des mois de préparation, de doutes, de matériel choisi et rechoisi, d'entraînements et d'attente.

Je m'étais imaginé une fin presque tranquille, une descente douce vers Conca. Mauvaise idée. Le sentier reste un sentier de GR20 jusqu'au bout. Encore du dénivelé positif, bien plus sensible qu'on ne voudrait l'accepter un dernier jour — et beaucoup de descente exposée au soleil.

Sur le papier, cette étape paraît modeste. Dans les jambes, c'est autre chose. Le genou tire, le corps est usé, les pieds connaissent chaque caillou avant même de le toucher. Mais mentalement, quelque chose a changé : la douleur est là, sans disparaître — mais elle passe au second plan. L'arrivée est trop proche pour lui laisser toute la place.

Le paysage reste magnifique. Le sud corse s'ouvre progressivement, plus sec, plus lumineux. Et puis, au détour du sentier, la baie de Porto-Vecchio apparaît au loin.

Là, quelque chose se fige.

Je m'arrête un instant. Pas longtemps, mais assez pour comprendre ce qui est en train de se passer. Derrière nous, il y a les nuits courtes, les refuges, les orages, les genoux douloureux, les rires, les coups de moins bien, les bières méritées, les rencontres, les paysages énormes et toutes ces heures à avancer. Devant nous, il y a Conca. La fin.

L'émotion monte doucement. Pas une explosion — plutôt une vague. Je réalise qu'on est en train de terminer le GR20. Je réalise aussi que je suis en train de toucher quelque chose que je portais comme un très grand rêve. C'est étrange, presque irréel. Pendant douze jours, il fallait simplement avancer. Et soudain, il faut accepter que l'aventure arrive à son terme.

La dernière descente vers Conca se fait avec un mélange de fatigue et d'euphorie. Le genou continue de faire mal — je m'en fous. Il reste un seul objectif : aller au bout.

Et puis Conca arrive. Pas comme dans un film, pas avec une musique grandiose. Avec cette sensation simple et immense : nous y sommes. Après 210 kilomètres, plus de 13 000 mètres de dénivelé positif, douze jours de marche — le GR20 est derrière nous.

La fierté prend toute la place. Fierté d'avoir tenu, d'avoir adapté, d'avoir continué après le départ d'Arnaud, d'avoir partagé ça avec Benjamin jusqu'au bout. Fierté d'avoir respecté cette aventure, même quand elle n'a pas ressemblé exactement à ce qu'on avait imaginé.

Et bien sûr — l'apéro de midi était au rendez-vous.