Mon GR20 Nord–Sud

Jour 3

Refuge de Carrozzu → Ascu Stagnu / Haut Asco

8,4 kmDistance+983 mDénivelé +6h07Temps total4/5Difficulté
Départ 07h56 · Arrivée 14h04. 8,4 km seulement, 4h22 de marche effective et 6h07 au total. Le terrain demande une attention constante, les passages rocheux ralentissent, et la concentration remplace la simple endurance.

Au réveil à Carrozzu, tout est trempé. La forêt garde l'humidité, la tente a pris la rosée. Mais la brume de la veille a disparu, le ciel s'ouvre progressivement, et on sent tout de suite que la journée peut être très belle.

Avec Benjamin, on commence à prendre nos automatismes. Le rangement est plus fluide, le sac se fait plus vite. C'est encore loin d'être du luxe, mais on perd moins de temps. On quitte Carrozzu avec un nom en tête : Spasimata.

La passerelle, je m'en étais fait une image presque mythique. La réalité est… moins impressionnante que prévu. Marquante, oui — le décor autour est superbe. Mais le grand moment d'adrénaline attendu n'est pas vraiment là.

Le vrai choc arrive après. La végétation disparaît, la roche prend toute la place, le soleil révèle les parois, les dalles, les cascades et les blocs. On entre dans une Corse verticale, dure, lumineuse et sauvage — rien à voir avec la Corse des plages ou des villages. Par moments, presque irréelle.

La montée demande de l'attention. Des passages où les mains deviennent utiles, des sections équipées, d'autres plus libres. Ce n'est pas très long, mais c'est intense. On avance prudemment, en choisissant les appuis. Ceux qui n'aiment pas le vide peuvent clairement trouver ça impressionnant.

Le lac de la Muvrella aurait pu être une pause parfaite. Sur le papier, tout y est : décor, calme, eau, reliefs autour. Mais à cette heure-là, l'ombre et la fraîcheur dominent encore. Le corps refroidit vite. On ne traîne pas.

La dernière partie vers les crêtes est raide et caillouteuse — mais la récompense est immédiate. Une fois en haut, tout s'ouvre. Le ciel est bleu, la vue prend de l'ampleur, et on retrouve cette sensation d'espace énorme qui rend le GR20 si fort. Pendant un moment, on oublie presque les jambes.

Puis la descente vers Haut Asco nous remet les pieds dans la réalité. Les pierres reviennent, encore et toujours. Le terrain ne devient jamais vraiment confortable jusqu'au bout.

On pose les sacs avec le sentiment d'avoir vécu une étape courte en kilomètres, mais riche en sensations. Un peu de déception sur Spasimata, beaucoup de beauté ensuite, du technique, du minéral — et une belle crête avant la descente.