Mon GR20 Nord–Sud

Jour 4 · La grosse étape du nord

Ascu Stagnu / Haut Asco → Bergerie de Ballone

13,1 kmDistance+1 401 mDénivelé +8h09Temps total5/5Difficulté
Départ 05h08 · Arrivée 13h18. 13,1 km, +1 401 m, -1 376 m, 5h58 en mouvement et 8h09 au total. Ce n'est pas la distance qui rend la journée énorme, c'est le terrain.

La nuit à Haut Asco n'a pas été la plus réparatrice. Notre emplacement en pente a clairement joué contre nous. Mais ce matin-là, pas question de traîner : on sait très bien quelle étape nous attend.

Départ à 05h08. La lumière commence à monter, le jour se lève sur les reliefs — et ce moment donne une énergie incroyable. Ce n'est pas encore la difficulté qui parle, c'est l'excitation. On entre dans une des journées les plus emblématiques du nord.

Historiquement, cette portion passait par le Cirque de la Solitude. Le tracé actuel rejoint la Pointe des Éboulis. Sur le papier, ça peut sembler plus rassurant. Sur le terrain, on comprend vite que non : le passage est peut-être moins engagé techniquement, mais physiquement, il exige énormément. Le dénivelé s'accumule. La roche impose son rythme. L'étape ne devient jamais roulante.

Il faut monter, puis encore monter. Blocs, pierriers, passages où les mains servent à stabiliser. Les jambes travaillent, les bras aussi. Le sac pèse, le souffle se cale. Ce qui rend cette étape si particulière, c'est son absence de répit : on croit approcher du point haut, puis une nouvelle pente apparaît. Derrière une bosse, une autre. Quelques névés ajoutent une touche presque alpine à l'ensemble.

Et pourtant, quelque chose se met en place. Le corps finit par accepter l'effort. On avance moins en pensant à l'arrivée qu'au prochain passage, au prochain appui, au prochain souffle. C'est peut-être là que j'ai commencé à comprendre une chose importante : sur le GR20, on récupère parfois mentalement non pas en s'arrêtant, mais en trouvant un rythme qui permet de continuer.

La Pointe des Éboulis n'est pas forcément l'endroit le plus spectaculaire en termes de panorama pur. Mais symboliquement, elle pèse lourd. Un cap. Un marqueur. On vient de franchir quelque chose.

Juste après l'ascension, l'euphorie me joue un mauvais tour. Je baisse la vigilance une seconde — et je me foule la cheville. Sur le moment, le doute tombe d'un coup. Je crois sincèrement que mon GR20 vient de s'arrêter là. Heureusement, les anti-inflammatoires de Benjamin agissent vite. Plus de peur que de mal, mais l'avertissement est clair : même dans un moment de fierté, le GR20 ne pardonne pas la distraction.

La descente s'ouvre sous un grand soleil. De beaux paysages — mais le terrain exige toujours de rester sérieux. Les pierriers ne disparaissent pas, les appuis restent instables, et la fatigue de la montée rend la descente nerveuse.

Notre objectif n'est pas de s'arrêter à Tighjettu : on continue jusqu'à la bergerie de Ballone. L'arrivée là-bas a un goût de vraie récompense. On n'est pas simplement contents d'être arrivés — on est contents d'avoir validé une étape qui faisait partie des gros points d'interrogation du nord. Ce genre de journée ne se mesure pas en kilomètres ou en D+. Elle se mesure en tension, en concentration, et en soulagement une fois le sac posé.