Mon GR20 Nord–Sud

Jour 6 · La très longue journée

Castel di Vergio → Refuge de Petra Piana

27,2 kmDistance+1 627 mDénivelé +11h39Temps total5/5Difficulté
Départ 07h40 · Arrivée 19h19. 27,2 km, +1 627 m, -1 191 m, 9h26 de marche effective et 11h39 au total. L'une des journées les plus longues. La longue pause face aux lacs a probablement sauvé ma fin de journée.

Sur le papier, cette journée était à prendre très au sérieux. Depuis le col de Vergio, on n'enchaîne pas une simple étape : on double pour rejoindre Petra Piana en fin de journée. L'idée était de partir très tôt et de garder une marge confortable.

Dans les faits, on ne se lève pas aussi tôt que prévu. La fatigue des premiers jours, le confort relatif de Vergio, le besoin de récupérer un peu mieux — tout ça a pesé. Départ à 07h40. Correct, mais pas idéal pour une journée aussi longue. On sait d'emblée qu'il faudra être propres dans la gestion de l'effort.

La météo, elle, décide de nous aider. Conditions très clémentes, pas de vent violent — la journée nous offre de très beaux paysages, une lumière agréable, cette impression de traverser l'un des grands secteurs du GR20 nord. Les pozzines, l'eau, les reliefs, la sensation d'espace — visuellement, c'est une journée qui donne beaucoup.

Mais même quand le décor est magnifique, le corps finit parfois par présenter la facture. Ce jour-là, je connais mon premier — et finalement mon seul — vrai coup de fatigue physique et mental du GR20. Pas juste un petit passage à vide. Un moment où les jambes deviennent lourdes, où la tête décroche, où la distance restante paraît beaucoup trop grande.

Benjamin prend alors une décision qui change complètement la suite : on s'arrête longuement face aux lacs de Melo et de Capitello. Pas une pause rapide pour avaler deux bouchées. Une vraie coupure — le temps de poser le sac, de manger, de respirer, de regarder ce décor incroyable, et de laisser le corps redescendre.

Cette pause a été essentielle. Elle m'a remis dans le bon sens, physiquement et mentalement. Ce moment face aux lacs reste l'un des plus importants de la journée — pas seulement parce que le panorama est énorme, mais parce qu'il montre à quel point la gestion du rythme compte. Parfois, vouloir avancer coûte que coûte est la mauvaise solution. S'arrêter au bon moment peut sauver une fin d'étape. Ce jour-là, Benjamin a eu le bon réflexe.

Après la pause, je repars avec beaucoup plus de lucidité. La fatigue n'a pas disparu, mais elle devient gérable. On reprend la progression vers Petra Piana sans chercher à pousser plus loin vers Onda. L'objectif du jour est clair : arriver proprement, poser les sacs, récupérer.

Quand nous atteignons Petra Piana à 19h19, le soulagement est énorme. Presque douze heures dehors. Il reste encore à installer le bivouac, manger, gérer l'eau, préparer les affaires — mais l'essentiel est là. La grosse étape est validée. Et j'ai survécu à mon seul vrai passage à vide du GR20.