Après la très longue journée jusqu'à Petra Piana, le réveil a quelque chose de particulier. Ça fait une semaine qu'on avance. Et Vizzavona représente bien plus qu'un point sur la carte — c'est la coupure symbolique entre le nord et le sud, le moment où l'on croit avoir laissé derrière soi la partie la plus rude.
L'idée dans nos têtes est simple : atteindre Vizzavona, prendre une vraie douche, manger correctement, dormir dans un vrai lit. Avec le recul, cette croyance était trop optimiste. Mais ce matin-là, elle nous aide à avancer.
L'étape commence sans cadeau. Le terrain reste exigeant, le dénivelé continue, et les jambes comprennent vite que la transition ne sera pas une promenade. Après plusieurs jours de roches, de refuges et de nuits plus ou moins réparatrices, chaque montée semble plus lourde qu'elle ne devrait.
Et plus on descend, plus l'idée de l'arrivée prend toute la place. Ce n'est plus seulement une étape à terminer : c'est la promesse d'un vrai confort. À ce moment-là, une douche chaude devient presque un fantasme. Un lit, un luxe absolu.
Pendant la descente, Benjamin sort son téléphone et réserve sur Booking une chambre à l'hôtel Monte d'Oro. Ce geste paraît presque anodin. Mais moralement, il change tout. D'un coup, l'arrivée a une adresse, une douche, un matelas, une porte qu'on pourra fermer. Après une semaine sur le GR20, ce genre de perspective vaut de l'or.
La descente reste longue, usante, répétitive par moments. Plus de 2 000 mètres de dénivelé négatif sur la journée. La Cascade des Anglais aurait pu être une belle pause — en temps normal, on se serait arrêtés. Mais la fatigue, la longueur, l'affluence et surtout l'appel de l'hôtel prennent le dessus. On la laisse de côté sans grand regret.
L'arrivée à Vizzavona fait un drôle d'effet. Après une semaine en montagne, retrouver une route, des bâtiments, du réseau, un restaurant, une chambre — tout paraît presque luxueux. Ce n'est pas une arrivée finale, bien sûr, mais c'est une vraie coupure. Le nord est derrière nous. Un chapitre se ferme.
À l'hôtel Monte d'Oro, la douche devient l'un des grands moments de la journée. Ce n'est pas très glorieux à raconter — mais sur un trek comme celui-là, ce sont parfois les choses les plus simples qui marquent le plus. Enlever la poussière, la sueur, le sel. Ne pas monter la tente. Ne pas chercher un emplacement. Ça ressemble à un cadeau.
Cette étape n'est pas celle que je retiens comme la plus belle. C'est surtout celle de la transition, de la fatigue et du besoin de confort. Et un rappel que le GR20 ne se découpe pas aussi proprement entre une première moitié dure et une seconde moitié facile. Le sud nous attend — et on ne le sait pas encore vraiment, mais il ne va pas nous offrir une promenade de santé.

