Au réveil au Col de Verde, l'idée de départ était ambitieuse : continuer jusqu'à Croci. Mais le GR20 ne se décide jamais uniquement sur une carte. Depuis la veille, une douleur s'est installée dans le genou gauche — et elle ne ressemble pas à une simple gêne passagère.
Après plusieurs jours de descentes, de pierriers et d'appuis compensés, le corps commence clairement à envoyer des signaux. On n'est plus dans la découverte : on sait que forcer bêtement peut transformer une douleur gérable en vrai problème. Et avec encore plusieurs journées à venir, ce serait une erreur de jouer avec ça.
On revoit l'objectif du jour. Croci attendra. La priorité : rejoindre Usciolu proprement, sans aggraver le genou. Ce n'est pas un renoncement, c'est de la gestion. Sur le GR20, savoir lever le pied au bon moment fait partie de la réussite autant que savoir serrer les dents.
La montée après le Col de Verde rappelle vite que même une journée "adaptée" reste une vraie étape de montagne. La douleur n'empêche pas d'avancer, mais elle impose une nouvelle manière de marcher : plus propre, plus prudente, moins agressive dans les appuis.
Le refuge de Prati devient une étape dans l'étape. On s'y arrête vraiment — café, pause, respiration. À ce moment du GR20, une terrasse, un peu de calme et le fait de poser le sac quelques instants suffisent à remettre de l'ordre dans la tête.
Depuis Prati, on devine au loin la côte vers Porto-Vecchio. Revoir la mer après plusieurs jours de montagne donne une sensation étrange. La fin du parcours existe vraiment, elle n'est plus seulement théorique. On n'est pas encore arrivés — loin de là — mais quelque chose change mentalement.
L'arrivée à Usciolu confirme que la décision était la bonne. Plus de 17 km, près de 1 500 m de D+ — mais une journée maîtrisée. On pose les sacs avec le sentiment d'avoir respecté le corps au lieu de l'avoir écrasé.
Ce jour-là m'a appris quelque chose de simple : on peut être motivé, proche de la fin, mentalement solide — et devoir quand même adapter le plan. Le GR20 ne récompense pas seulement ceux qui avancent vite. Il récompense aussi ceux qui savent durer.

